« Dans les métiers techniques, les bons candidats ont l’embarras du choix. »
Martin Mercier, directeur du recrutement chez Technogénie Ressources
Martin Mercier est chasseur de têtes chez Technogénie Ressources, une agence montréalaise spécialisée dans le recrutement de ressources humaines techniques. À la demande des employeurs, il est chargé de débusquer des ingénieurs et des techniciens pour pourvoir des postes vacants. Selon lui, ces professionnels ont de belles perspectives devant eux.
Comment se porte le marché de l’emploi technique ?
Pour les candidats, il se porte très bien ! Actuellement, il y a une pénurie de main-d’œuvre technique dans la plupart des secteurs d’activité. Toutes les entreprises connaissent des difficultés de recrutement, à des degrés plus ou moins importants. Les employeurs multiplient les demandes : les bons candidats ont donc l’embarras du choix.
Quels sont les secteurs qui éprouvent le plus de difficultés à recruter ? Les postes les plus difficiles à pourvoir ?
Le génie civil et la construction connaissent de grandes difficultés. Beaucoup d’entreprises recherchent des ingénieurs civils spécialisés en structure, en génie municipal, en transport et terrassement. Par ailleurs, le bâtiment souffre d’un manque criant de techniciens et d’ingénieurs en mécanique, en électricité ou en gestion de projets.
Comment expliquez-vous ce déséquilibre entre l’offre et la demande ?
J’ai l’impression que les jeunes se sont désintéressés des métiers techniques. Il y a 15 ans, les conditions d’accès à l’emploi n’étaient pas bonnes pour les finissants en génie ; leur taux de chômage était de 14 %. Beaucoup se sont tournés vers d’autres professions, et aujourd’hui on trouve peu de personnel intermédiaire et supérieur. D’un autre côté, les grands projets se multiplient, comme la centrale Eastmain d’Hydro-Québec ou l’autoroute A30 au sud de Montréal. Les entrepreneurs ont de plus en plus de contrats, mais ils n’ont pas la main-d’œuvre pour les réaliser.
Quelles sont les conséquences concrètes de cette situation pour les candidats ?
Ils ont de belles occasions à saisir. Les salaires sont portés à la hausse. Il n’est pas rare aujourd’hui qu’un bon professionnel augmente ses revenus de 10 % en une fois, simplement en changeant de société. Certaines entreprises multiplient aussi les avantages en nature, par exemple les voitures. Dès qu’un ingénieur ou un technicien accumule trois ans d’expérience, il est très courtisé. J’ai des clients qui cherchent des collaborateurs depuis six mois.
Quelle est votre méthode pour débusquer des professionnels ?
Les CV ne tombent pas du ciel : les ingénieurs et techniciens ne m’en envoient pas ou très peu, à moins d’être au chômage. Pour la grande majorité des postes à pourvoir, je me fais recommander des noms et j’approche directement les gens en emploi. Je les appelle à la maison ou sur leur lieu de travail et je leur parle de l’entreprise et du poste. Une fois le premier contact établi, j’essaie de leur vendre l’emploi vacant. Il faut les convaincre de l’intérêt de bouger : promotion, proximité géographique, dynamisme du secteur d’activité… Je ne parle jamais de salaire à ce stade, mais je demande quelles sont leurs attentes. Je leur fais ensuite parvenir un maximum d’informations par courriel avant de les laisser réfléchir un peu. S’ils sont encore intéressés, je vais plus loin dans les détails du poste, afin de m’assurer qu’ils ont parfaitement compris les besoins de mes clients.
Pour vous, qu’est-ce qu’un bon candidat ?
C’est souvent une personne qui occupe déjà un emploi. Si je vois sur un CV qu’un technicien ne travaille pas depuis un an et demi, je me pose des questions. S’il a changé huit fois de travail en huit ans, je trouve également cela étrange. La stabilité du parcours importe beaucoup. Aujourd’hui, il y a de nombreuses occasions d’emploi, mais un bon candidat doit être sincèrement intéressé par le poste et par le projet qui lui est proposé.